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« Le cancer de notre société, c’est de ne pas travailler »

Par Guy Lefrand, député de l’Eure, Docteur en médecine, rapporteur de la proposition de loi sur la réforme de la santé au travail.

Aujourd’hui, le travail est trop souvent assimilé à la souffrance et à la pénibilité. Dans un contexte d’allongement de la durée de l’activité professionnelle, il est nécessaire d’associer à nouveau le travail avec les notions d’épanouissement, d’équilibre et de projet de vie en société. Il est fondamental de permettre aux travailleurs de rester en bonne santé, dans des postes adaptés, jusqu’à l’âge de la retraite. Il faut aussi aider le plus grand nombre à rejoindre le monde du travail et notamment les personnes en situation de maladies chroniques et de handicap. Nous ne pouvons laisser les plus fragiles d’entre nous sur le bord de la route. Le cancer de notre société, c’est de ne pas travailler.

Alors qu’un Français sur cinq est atteint de maladies chroniques, leur situation n’est pas évoquée dans les débats sur la pénibilité ou les conditions de travail.

La modernisation de la santé au travail, figure parmi les moyens d’action qu’il est urgent de mettre en place pour faire progresser l’insertion des personnes malades dans l’univers du travail. Une proposition de loi a été votée au Sénat et sera, je l’espère, proposée prochainement à l’Assemblée nationale, car si le législateur ne vote pas rapidement ce projet de loi, le système actuel va imploser. Si ce scénario se confirme, deux écueils sont à craindre : la nationalisation ou la privatisation à but lucratif. Je suis, pour ma part, en faveur d’une rénovation du paritarisme qui est la base du système actuel.

Aujourd’hui, les équipes de terrain fourmillent d’idées et n’attendent plus qu’un coup de pouce du législateur pour les mettre en place. Notre rôle sera de leur apporter le cadre législatif qui leur permettra de :

- créer des équipes pluridisciplinaires composées notamment d’infirmières, de toxicologues, d’ergonomes qui ont toute leur place au côté du médecin du travail ;

- recentrer le travail des équipes sur les priorités de santé au travail à l’échelle de la région ;

- rénover la gouvernance par le paritarisme.

Autre dispositif à moderniser absolument : la capacité d’anticipation dans l’accompagnement des travailleurs atteints de pathologies chroniques. Les acteurs concernés, médecins du travail, médecins traitants et employeurs, doivent apprendre à travailler ensemble pour faciliter le retour au travail de ces personnes en redéfinissant ensemble le poste de travail et en multipliant les entretiens avant la reprise. Aujourd’hui  ces acteurs travaillent en silo. Le médecin traitant ignore l’environnement professionnel de son patient, et la problématique de l’entreprise, le médecin du travail ne sait souvent rien de son environnement personnel. Il est impératif de créer du lien entre ces interlocuteurs clés du travailleur malade ou handicapé.

Enfin, la multiplicité des dispositifs d’accompagnement proposés ne permet pas aux personnes concernées de bien connaître leurs droits et donc de faire les bons choix dans un système à double entrée : invalidité et reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Je suis favorable à la mise en place du guichet unique qui permettrait de réunir le social, les soins, le handicap et la vie en société. Nous n’avons pas besoin de loi pour mettre en place ce système mais d’une volonté politique suffisamment forte pour dépasser des freins qui relèvent plus du culturel et de notre difficulté à partager l’information. Le pouvoir aujourd’hui c’est de partager l’information, ce n’est pas de la garder pour soi.

Cette même volonté politique doit nous conduire à travailler tous ensemble dans la même direction pour conjuguer les besoins de la personne malade et les impératifs de l’entreprise notamment grâce à la rénovation de la santé au travail mais aussi en replaçant l’humain au centre des préoccupations managériales afin que tout le monde y trouve son compte.

C’est en amont que doit aujourd’hui s’organiser la prise en charge des travailleurs. Au niveau de la formation des managers et des ingénieurs tout d’abord, dans la prise de conscience qu’un employé serein et en bonne santé est plus efficace humainement et économiquement. Mais aussi dans une politique de prévention primaire et secondaire afin de prévenir la maladie ou l’accident plutôt que d’avoir à la réparer.

Au-delà des égoïsmes et des a priori, de nombreux intervenants veulent construire ensemble une nouvelle relation au travail. Le rôle du politique, c’est de faciliter et d’accompagner ce changement.

« L’approche de la maladie et de l’exclusion est déterminante. Il n’y a pas d’efficacité économique sans une dynamique de bien-être au travail. »

Par Jean-François Naton, Conseiller confédéral de la CGT, responsable du secteur travail et santé.

« Le travail est depuis quelques années au centre du débat social en termes de valeurs, de place, de sens, de finalité. Sa relation avec la santé doit également être pensée car la désinsertion professionnelle conduit souvent à la désinsertion sociale. Des transformations doivent intervenir au sein du monde syndical pour améliorer l’approche prévention comme un déterminant de reconnaissance des situations de travail. Par ailleurs, les logiques de la sécurité sociale doivent être réorientées vers une sécurité sociale professionnelle et de santé pour penser différemment le travail comme facteur de santé et d’émancipation. Aussi le travail doit être adapté à l’homme et non pas le contraire. La réflexion syndicale CGT s’est longtemps intéressée au collectif avec l’ambition, de changer l’homme. Or, l’approche inverse qui s’appuie sur l’individu et ses singularités est indispensable pour pouvoir travailler sur les nécessités du collectif. En France, la démocratie sociale est quelque peu malmenée. Une des préconisations d’amélioration serait la mise en place sur les territoires d’instances qui permettent le dialogue social, pour donner à tous et toutes les droits de tous.. A cet égard, il nous faut osez des expérimentations qui permettent cette « dispute » en territoires sur le travail dans une dynamique santé».


« Employabilité et maladie chronique : une question qui soulève plusieurs points comme l’embauche, le maintien dans l’emploi et la formation initiale et continue. »

Par Stéphane Villar, Président de l’Association Française des Polyarthritiques et des rhumatismes inflammatoires chroniques (AFPric).

« La question de la formation initiale et continue tout au long de la vie intéresse particulièrement l’Association Française des Polyarthritiques et des rhumatismes inflammatoires chroniques (AFPric). La problématique de l’adaptation et/ou de la réadaptation sur un poste professionnel doit aborder cet aspect de la formation pour les jeunes adultes qui ne disposent pas toujours d’un interlocuteur ou d’une équipe pluridisciplinaire en mesure d’apporter des réponses à la famille, à l’adolescent et au jeune adulte, dans le cadre de la construction d’un projet professionnel. Cette question se pose au moment de la réadaptation mais aussi lors de l’élaboration du projet personnel et professionnel. En réalité, l’employeur est confronté à la difficulté économique et technique de l’adaptation du poste et du maintien dans l’emploi. L’allongement de la durée du travail devrait constituer une incitation supplémentaire pour les entreprises à se saisir du problème et envisager des évolutions des postes.

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Jeudi 12 mai 2011 Colloque « Comment lutter contre l’exclusion des travailleurs malades ? »

La Chaire Santé de Sciences Po et le Centre d’Analyse des Politiques Publiques de Santé (CAPPS) de l’EHESP ont présenté le 12 mai 2011 les propositions issues du séminaire de réflexion organisé en 2010 avec le soutien institutionnel d’Abbott France.

Ce séminaire, dirigé par le Dr Olivier Obrecht, a permis d’effectuer un état des lieux des enjeux économiques, sanitaires et sociétaux du maintien dans leur emploi et du retour dans le monde du travail de ces personnes malades.

Pour prolonger ces réflexions, nourrir le débat et identifier des leviers d’action, la Chaire Santé de Sciences Po et le CAPPS de l’EHESP ont présenté les propositions issues de ce séminaire et ont soumis en particulier deux d’entre elles au débat public lors des tables rondes de ce colloque : « Anticiper l’accompagnement durable du travailleur malade : une utopie ? » et « Faire évoluer le cadre administratif et réglementaire : vers un guichet unique pour les travailleurs malades ? ».

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LE SEMINAIRE



La Chaire Santé de Sciences Po a conduit un séminaire de réflexion sur les maladies chroniques et le travail.

Conduit par le Dr Olivier Obrecht, ce séminaire découpé en 6 ateliers a réuni des représentants de la sphère publique, professionnelle, médicale et des malades chroniques. Il a conduit à la publication d’un ouvrage « Maladies chroniques : au-delà des idées reçues » (aux Editions de Santé www.editionsdesante.fr/). La Chaire Santé de Sciences Po débattra sur deux propositions issues de ce séminaire lors du colloque du 12 mai 2011.

Pour commander l'ouvrage : editionsdesante.fr ou pressesdesciencespo.fr



L'ETUDE

L’étude « Maladies chroniques et travail » sur les troubles musculosquelettiques (TMS) et les rhumatismes inflammatoires chroniques dans la sphère du travail réalisée par l’institut européen The Work Foundation pose la question :
« Le travail peut-il être à la fois la cause et le remède à la maladie ? »
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Elle dresse l’état des lieux de l’impact des TMS et des pathologies chroniques rhumatismales : impact humain, économique et social. Elle a été conduite en France et dans 23 autre pays.


Télécharger les rapports français et européen



Pour enrichir l’analyse de cette étude, 16 acteurs des sphères de la santé et du travail ont partagé leur perception sur les enjeux liés aux maladies chroniques et à la vie professionnelle et ont exprimé leurs points de vue et leurs recommandations pour faire évoluer la situation en France. Ces regards croisés ont donné lieu à la publication des « Cahiers des maladies chroniques et du travail ».