Maladies chroniques et travail : quelles conditions pour maintenir l’activité professionnelle ?

L’exemple des TMS et des rhumatismes inflammatoires

Compte-rendu d’une conférence de presse qui s’est tenue le 30 Novembre 2009 dans le cadre du 22ème Congrès National de Rhumatologie – CNIT Paris La Défense


conférenceL’étude conduite par la Work Foundation et présentée dans le cadre du 22ème Congrès National de Rhumatologie (Paris),  apporte un éclairage nouveau sur une question encore trop peu documentée et analysée : comment préserver le maintien dans l’emploi et le parcours professionnel des millions de personnes atteintes de maladies chroniques, quand elles sont capables et désireuses de travailler ? Près de 40% des personnes atteintes polyarthrite rhumatoïde (près de 3 M en Europe) s’arrêtent encore complètement de travailler dans les cinq années suivant le diagnostic, alors que les progrès thérapeutiques ont changé la vie de beaucoup d’entre elles. L’innovation thérapeutique ne suffit pas : elle doit s’accompagner d’une évolution des mentalités, des politiques, des pratiques. Il est donc urgent de mobiliser les acteurs parties prenantes de cette problématique autour d’une réflexion décloisonnée entre le monde du travail et celui de la santé. C’est l’ambition du séminaire de la Chaire santé-Science Po sur les maladies chroniques et le travail, qui débutera en 2010.
Regards croisés sur le travail et la santé : les experts de la santé et du travail présents à la conférence de presse du 30 novembre livrent leur analyse sur les spécificités du lien travail et santé en France, à découvrir ici.

Vos points de vue sont les bienvenus !


Maladies chroniques et travail : une nouvelle donne ?

TMS et rhumatismes inflammatoires

ConférenceLe nombre de personnes vivant avec une maladie chronique évolue fortement dans la population française, comme dans tous les pays économiquement développés. Aujourd’hui, une personne sur 5 est touchée en France. Le taux d’activité professionnelle au sein de cette population (de l’ordre de 35 %) est encore bien inférieur à celui des personnes handicapées (44 %) et à celui de la population générale (71 %). Pourtant les progrès de la médecine ont changé significativement la qualité et l’espérance de vie de nombreux malades, qui peuvent et veulent aujourd’hui avoir une vie professionnelle. Reste à faire évoluer les idées reçues sur les potentialités de ces travailleurs et à faire preuve de souplesse et d’imagination pour installer les conditions d’une activité professionnelle bénéfique et profitable pour le salarié comme pour l’employeur.

Pour le Pr Bruno Fautrel, rhumatologue à la Pitié-Salpétrière et membre de la Société Française de Rhumatologie  : « Il y a 10 ans maintenant, la révolution des biothérapies a permis le maintien ou le retour au travail des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et de spondylarthrite ankylosante. Encore faut-il que le diagnostic de ces pathologies soit précoce et que l’on puisse anticiper des solutions en concertation avec l’employeur : réhabilitation fonctionnelle, formations pour préparer les reconversions éventuelles, adaptation des horaires…».

Pour le Professeur Jean-Yves Roquelaure, du Laboratoire d’ergonomie et d’épidémiologie en santé au travail d’Angers, les entreprises doivent faire leur révolution culturelle : « Il faut accepter que les salariés ne soient pas tout le temps à 100 %. Cela suppose de remettre du collectif et de la solidarité dans le travail. L’individualisation des rapports sociaux au travail, c’est-à-dire le chacun pour soi, est délétère car elle réduit les marges de manœuvre pour faire face aux situations de fragilité ou de handicap. Il faut aussi de la souplesse dans les procédures et ne pas tout verrouiller pour laisser la solidarité jouer».

•    Une personne souffrant d’affection chronique en France a quatre fois plus de risque d’être exclue du marché du travail.
•    Plus de 2,9 millions de personnes en Europe souffrent d’une polyarthrite rhumatoïde. 40 % d’entre elles s’arrêtent complètement de travailler dans les cinq ans suivants le diagnostic.
•    Pour les personnes atteintes de spondylarthrite ankylosante, les probabilités de se trouver sans emploi sont trois fois plus élevées comparé à la population générale alors que cette pathologie touche une population jeune.

Le travail, c’est la santé ? Oui, mais … Les recommandations de l’étude de la Work Foundation

•    Intervenir précocement est essentiel. Plus un individu reste longtemps sans travail, plus son retour à l’emploi est difficile. Investir dans la prévention et dans l’intervention précoce contribue à réduire les coûts économiques et sociétaux des affections chroniques.
•    Se concentrer sur la capacité à travailler et non sur l’invalidité. Les employeurs et les employés tendent à juger certaines affections incompatibles avec une activité ou à attendre que le malade soit remis à 100 % pour reprendre son travail.
•    Mieux intégrer le rôle du travail dans la prise en charge médicale des patients en appliquant le modèle bio-psycho-social. Les professionnels de santé doivent aller au-delà des symptômes cliniques et prendre en compte les interactions entre le biologique (maladie, lésions articulaires), le psychologique (prédisposition, anxiété) et le social (les exigences professionnelles et le soutien familial). L’ensemble de ces facteurs a un impact sur l’évolution de la pathologie et la capacité de récupération du patient. Ils permettent notamment de mieux cerner le rôle du travail et les conseils/actions à mettre en place pour que le patient puisse rester actif et ne soit pas isolé.
•    Modifier l’organisation du travail pour les personnes atteintes de maladies chroniques. L’étude montre que les améliorations ergonomiques dans l’environnement du travail sont importantes mais ne sauraient constituer l’unique pilier du maintien dans l’emploi si d’autres aspects ne sont pas pris en compte comme un réaménageant des horaires de travail, l’adaptation des tâches pour valoriser l’autonomie et l’implication de l’employé.

Selon Stevan Bevan, directeur de la  Work Foundation : « Le rapport a pour objectif d’aider à comprendre que si les actifs doivent rester productifs et compétitifs au sein d’une économie mondiale et que si la durée de leur travail doit s’allonger alors il faut que la grande majorité de ces actifs puissent être autant que possible apte au travail ».

Poursuivre la réflexion sur les maladies chroniques et le travail en France : le Séminaire Chaire Santé – Sciences Po

Pour Abbott, le partage des analyses et des expériences est le moyen le plus sûr de construire en synergie des stratégies médico-économiques et sociales efficaces, adaptées tant aux besoins de notre société qu’aux aspirations des patients.

Dans cette perspective, une seconde phase de recherche s’ouvrira dès janvier 2010 un séminaire de recherche sur la problématique « Maladies chroniques et travail » conduit par la Chaire Santé – Science Po sous la houlette de Didier Tabuteau et de Olivier Obrecht. Ce séminaire est ouvert à des contributions pluridisciplinaires, sur les différentes facettes de la problématique (santé publique, financement, rôle de l’entreprise, regard sur la maladie, etc).

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Cet article a été publié le Lundi 30 novembre 2009.
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LE SEMINAIRE



La Chaire Santé-Sciences Po Didier Tabuteauprésidée par Didier Tabuteau conduira en 2010 un séminaire de recherche sur les maladies chroniques et le travail



Présidé par le Dr Olivier Obrecht, ce séminaire s’ouvre en janvier 2010, il est découpé en 6 séances de travail consécutives, réunissant experts et témoins autour de 6 thématiques.


Participez au séminaire

L'ETUDE

L’étude « Maladies chroniques et travail » réalisée par la Work Foundation pose la question « Le travail peut-il être à la fois la cause et le remède à la maladie ? ».


Elle dresse l’état des lieux de l’impact des TMS et des pathologies chroniques rhumatismales : impact humain, économique et social. Cette étude a été réalisée en France et dans 24 autres pays. Un rapport pan-européen croise les enseignements de ces études.

 


Pour accéder aux rapports français et européen